Mobilisation citoyenne pour la lutte contre la dégradation des sols au Sénegal.

 Je  m’appelle Abdalmadjit Ali Ahmat de nationalité Tchadienne. Je suis Volontaire en service civique au collectif Trois Tiers et étudiant en Master 1 Urbanisme  à l’institut d’Aménagement de Tourisme et d’Urbanisme (IATU) de l’Université Bordeaux Montaigne. Par ailleurs, je suis titulaire d’un diplôme d’ingénieur en Aménagement du territoire et Gestion Urbaine (Bac+4) de l’Ecole Supérieure d’économie Appliquée de Dakar / Université Cheikh Anta Diop. 

En effet, tout au long de mon parcours universitaire au Sénégal, J’ai eu à effectuer plusieurs stages pédagogiques sur des territoires ruraux . Ces stages m’ont permis de découvrir la sociologie de la ruralité au Sénégal car j’y étais en contact permanent avec les communautés villageoises.  C’est ainsi que  j’ai découvert plusieurs initiatives locales dont je voudrais, par cet article, valoriser celle qui m’a le plus marquée. C’est une  initiative locale portée  par l’Association pour le Développement des Technologies et la Gestion de l’Espace des Ressources des Terroirs (ADT-GERT).

C’était lors de mon stage technique de 10 jours en licence 3  (2018-2019) où nous étions un groupe de 21 étudiants stagiaires accueillis par l’Association pour le Développement des Technologies et la Gestion de l’Espace des Ressources des Terroirs (ADT-GERT).Ce stage m’a permis non seulement d’être en contact avec la communauté villageoise, mais aussi de pouvoir participer aux travaux de réalisation des ouvrages antiérosifs avec les habitants et l’Association pour le Développement des Technologies et la Gestion de l’Espace des Ressources des Terroirs (ADT/GERT). Nous avions utilisé que des matériaux locaux : des pierres, de l’argile des sables, de l’eau etc., pour réaliser ces ouvrages. 

       Groupe d’étudiants stagiaires ayant participés à la réalisation des ouvrages (2018)

 Association pour le Développement des Technologies et la Gestion de l’Espace des                  Ressources des Terroirs (ADT-GERT)

Créée en 1985, reconnue en décembre 2001 comme Association de développement communautaire, puis en 2008 elle passe à un statut d’Organisation Non Gouvernementale. Établie à Thiès au Sénégal, AD – GERT œuvre dans le domaine de la Défense et Restauration des Sols, la Conservation des Eaux et des Sols (DRS/CES) et la préservation des ressources naturelles dans les terroirs villageois. Elle s’appuie uniquement sur la main d’œuvre des communautés villageoises pour lutter contre la dégradation des sols à travers la mise en place de dispositifs anti érosif. 

L’association a bénéficié sous forme de projets (entre 2002 et 2018) de l’appui de partenaires financiers dont le Programme “Micro Financement du Fonds pour l’Environnement Mondial, l’ONG Belge Broederlijk Delen et ainsi que de la Direction Générale de la Coopération au Développement (DGD).                       

                                  Objectif de l’ADT-GERT

La finalité de ses actions est de lutter contre le ruissellement des eaux de pluie à l’origine d’une forte érosion hydrique et un ravinement généralisé dans certaines zones de terroir entraînant un rétrécissement progressif des superficies des terres cultivables et un déséquilibre des écosystèmes.                

                                     Initiatives locales prônées par ADT-GERT

ADT-GERT suscite des initiatives locales dans les villages à travers des séances de sensibilisation et de formation sur la Défense et Restauration des Sols, la Conservation des Eaux et des Sols (DRS/CES) ainsi que sur la préservation des ressources naturelles dans les terroirs villageois. Les communautés villageoises sont sensibilisées sur les causes de la dégradation des sols et ses conséquences sur leurs activités de subsistance notamment l’agriculture et l’élevage. La stratégie d’intervention d’ADT GERT est basée sur l’approche « à la demande » : c’est une communauté villageoise qui sollicite les services et l’appui de l’ONG à travers une correspondance ou une visite au niveau du siège de l’ONG (le besoin est donc réellement exprimé par une communauté villageoise) ; cette demande d’appui et d’assistance est ainsi suivie jusqu’à terme à travers plusieurs étapes. Les travaux de réalisation des ouvrages anti érosifs sont effectués par les habitants avec l’appui technique de l’association ADT- GERT. 

                                                       Processus  d’intervention :

Etape 1: Diagnostic participatif des terroirs villageois concernés (identification des problèmes et recherche de solutions)

Une fois la demande enregistrée, une équipe de l’ONG se rend sur le terrain pour faire l’état des lieux et procéder avec les populations au diagnostic participatif de la zone concernée par la problématique et définir les zones devant faire l’objet d’aménagements antiérosifs. C’est au niveau de cette étape que des discussions et des échanges axés sur les solutions à apporter sont engagés avec les communautés villageoises et portés vers les actions. 

            Diagnostic participatif de village dégradé par l’érosion hydrique

Etape 2 : Elaboration avec les communautés villageoises des schémas d’aménagement (où et quels types d’ouvrages) faudrait-il installer dans une zone dégradée en fonction de la configuration du terrain et du passage des eaux de pluie

Une fois le diagnostic établi, des focus groups sont organisés dans les villages pour identifier les zones à aménager, déterminer les types d’ouvrages à réaliser en fonction de la configuration du terrain et des voies de passage des eaux de pluie. C’est en quelque sorte l’élaboration de cartes des terroirs villageois où sont matérialisés les endroits et les différents ouvrages antiérosifs devant être réalisés.

                     Exemple d’un Schéma d’aménagement

Etape 3 : Sensibilisation et conscientisation des communautés villageoises sur les effets et les conséquences de la dégradation des terres et des ressources naturelles.

C’est l’une des phases les plus déterminantes dans l’ensemble du processus puisqu’il s’agit d’amener les communautés à comprendre pourquoi les terres et les écosystèmes se sont subitement dégradés et qu’elles en sont les causes et les conséquences ; en somme il s’agit de les sensibiliser et de les conscientiser sur les enjeux environnementaux de leurs terroirs et les possibilités d’agir sur le milieu (prise de conscience par rapport à leurs rôles et responsabilités dans la dégradation des écosystèmes) et des mesures à prendre pour y faire face Au total, 36 221 personnes ont été touchées par ce volet avec 14 004 hommes, 14 896 femmes et 7 321 jeunes dans les deux la zones d’intervention de l’ONG” ADT-GERT

   Outils de sensibilisation

• Projection des Images :

Pour conscientiser les habitants, les techniciens de l’association partent sur des projections des images réelles de l’état de dégradation des sols et ses conséquences sur les activités socio-économiques d’un village assez connu par les communautés villageoises.

• Radios communautaires (média) :

La sensibilisation est aussi faite par le biais des radios communautaires fréquemment suivies par les habitants à travers des émissions traitant la problématique des effets des changements climatiques sur les activités de subsistance. 

Etape 4 : Formation des communautés villageoises et de Relais villageois sur les techniques et technologies de lutte contre la dégradation des terres (techniques de repérage des courbes de niveau, de traçage et de mise en place d’ouvrages antiérosifs)

“La formation constitue un volet essentiel du dispositif global d’intervention de l’ONG sur le terrain, d’autant que l’objectif recherché est de faire en sorte que dans la pratique, les populations disposent d’un niveau de maîtrise technique en Conservation des Eaux et des Sols et en gestion des ressources naturelles (DRS/CES et en GRN) en rapport avec les niveaux de performances souhaités. Chaque activité est donc soutenue par une formation essentiellement destinée aux différents groupes de travail, mais spécifiquement à des relais communautaires choisis de façon consensuelle par chaque communauté villageoise et qui constituent les bras techniques de l’ONG sur le terrain. Les différentes formations tournent autour des techniques de maniement du Niveau à bull d’air: un outil qui sert à apprécier  le niveau de précision des courbes ainsi que le traçage des différents ouvrages antiérosifs. Dans l’ensemble: 3 483 personnes ont été formées aux techniques de Conservation des Eaux et des Sols (DRS/CES) dont 1 248 hommes, 1 418 femmes et 817 jeunes” ADT-GERT

Exercices pratiques du maniement du niveau à bull pour la détermination des courbes de niveau

Etape 5 : Réalisation des ouvrages avec une implication effective des femmes

Après l’élaboration des schémas d’aménagement et la formation, l’équipe de l’ADT- GERT ainsi que les les Comités Villageois de Développement (CVD) et les communautés locales se retrouvent sur le terrain pour le démarrage des travaux. Cette phase dure au total 9 mois dans l’année : de Janvier à Juin et d’Octobre à Décembre, les populations ayant des contraintes liées à leur calendrier d’occupation saisonnière (entre Juillet et Septembre), période pendant laquelle elles entament la campagne agricole”  ADT-GERT. 

     Participation citoyenne aux  travaux de réalisation des ouvrages

  IMPACTS CONSTATÉS POSITIF SUITE AUX AMÉNAGEMENTS ANTIÉROSIF (évaluation faite par l’ADT-GERT)

Sur le plan environnemental :

  •  La reprise de la régénération naturelle de plusieurs espèces ligneuses au niveau des zones traitées ou mises en défens;
  •  La réapparition de la biodiversité végétale et animale et de plusieurs espèces en voie de disparition ; et
  • L’amélioration et la densification de la strate herbacée et de la biomasse (utiles pour le bétail).

Sur le plan économique

Les impacts positifs observés dans la plupart des villages ont eu des retombées économiques, notamment dans plusieurs villages comme à Pout Diack où l’on a observé une augmentation des productions agricoles estimée à 300% au cours de ces cinq dernières années sur les terres récupérées et mises en valeur, à Thicky  où des ménages arrivent à survivre avec la production maraîchère (culture de tomate et d’autres légumes) et Khaye Dagga où des cultures de manioc constituent la principale source de revenus de plusieurs exploitations familiales.

Par ailleurs, sous l’effet des ouvrages antiérosifs installés un peu partout dans les bas-fonds et les recharges des nappes phréatiques constatées, les vergers, sources de revenus de plusieurs producteurs, sont devenus moins menacés et très productifs. 

Sur le plan social:

  • Le changement d’attitudes et de comportements des populations par rapport à l’exploitation des ressources forestières ligneuses (réduction des coupes de bois);
  •    L’accès de plusieurs ménages aux facteurs de production (terres jadis incultes pour la relance des productions céréalières et commerciales afin de lutter contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté à travers les cultures du mil, de l’arachide, du sorgho, de l’oseille, de la pastèque, etc.

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