Réinterroger le lien ville / campagne à l’heure d’une pandémie mondiale

C’est réinterroger le lien ville / campagne tout court

Aujourd’hui souffle à nouveau un vent de tensions entre ville et campagne qui n’est pas sans nous rappeler les pires incartades de départs en vacances des juilletistes et des aoutiens qui rythment nos étés.

En effet, l’annonce de la mise en confinement de l’ensemble du territoire dimanche 15 mars dernier aurait provoqué une véritable ruée vers les campagnes. Ce serait à priori 17% de la population du Grand Paris qui aurait fait le choix de la grande migration vers « la province » entre le dimanche 15 mars et le lundi 16 (source : chiffre annoncé par Martin Hirch directeur AP-HP). Dès lors, témoignages sur les réseaux sociaux, articles et bribes de conversations téléphoniques se sont hâtés de retranscrire un malaise lancinant mais pas inconnu jusqu’alors : la tension entre ruraux et urbains.

Morceaux choisis sur les réseaux sociaux : « Le confinement c’est pas des vacances ! » « C’est bien l’égoïsme des parisiens, chacun pour soi […]. J’en ai assez de supporter leur numéro en été.» « J’aimerais qu’ils foutent le camp chez eux ! » « Ces Shadoks n’ont rien compris aux mots «civisme » et « confinement » ! 

Cette polémique fait drôlement écho chez nous, au Collectif Trois Tiers. Nous essayons depuis plus de 3 ans à penser les relations entre ville et campagnes, à ouvrir le regard sur une campagne tantôt ressource et tantôt abandonnée à son sort. Mais aussi et surtout à créer du lien, et plus que tout, du lien social. Et tout ca en évitant les clichés s’il vous plait!

Sans partir dans des débats sur lesquels nous ne serions pas légitimes concernant l’épidémie et les systèmes de contagions ni même la question du niveau de vie et mètres carrés disponibles des uns ou des autres, nous souhaitons surtout nous interroger sur la manière dont la situation actuelle met en exergue, une fois de plus, un monde aux deux facettes. 

Alors que la ville est symbole d’émulation et de stimulation, la gravité de la situation sanitaire du pays lui soustrait tout ce qui lui donne du sens : accès à l’emploi, aux universités, aux services et à la culture, facilité de déplacement, rencontre, échanges… et cela pour une durée plus ou moins déterminée… Que lui reste-il alors lorsque l’on prive cet espace de ses qualités intrinsèques ?

Et de fait, la France compte près de 3 millions de résidences secondaires (source : INSEE 2017) et ceux qui ont la chance d’en posséder une auraient alors fuit ces villes désormais fantômes pour leur préférer le calme de la campagne, et surtout ses grands espaces : Se mettre au vert en somme, l’espace d’un confinement à la durée incertaine. D’autant qu’il semblerait que l’exode vers les campagnes en temps de crise ne soit pas une nouveauté. Il semblerait même qu’il s’agisse d’une tradition française. De l’aristocratie du moyen-âge aux bourgeois du XIXe siècle, il serait courant que les « élites se préservent » en regagnant leurs refuges à la campagne selon Jean Viard sociologue spécialiste de la vie rurale.

Alors pourquoi la campagne se fait-elle eldorado en temps de crise ? Question bête !

Première évidence : Se rendre à la campagne d’abord pour fuir la ville, fuir ses petits espaces étriqués et sa promiscuité qui pourrait rendre cette période plus compliquée. Peut-être aussi pour certains s’agit-il de fuir le nombre, mettre à distance autrui et créer un artéfact d’isolement souhaitable en période de pandémie.

Mais aussi : Se rendre à la campagne aussi pour disposer de ce qui peut, en cette période, nous apparaitre comme essentiel. Privés des aménités de la ville et de notre liberté de se mouvoir, la campagne se dévoile comme vitale, vivable. Disposer d’un jardin, cultivable ou non, mais d’un jardin et/ou d’un espace extérieur quand même ! Ouvrir son horizon, limiter l’étouffement. Limiter l’étouffement en partageant ce moment avec sa famille, ses proches. Partager cette période difficile, rompre partiellement la solitude imposée.

Jardin du four à pain à Saint-Christophe-des-Bardes

Enfin : Se rendre à la campagne pour « profiter » de cette pause dans nos vies, en faire un moment suspendu. Ralentir son rythme de vie, le rapprocher de la terre, de l’humain, vivre au rythme du soleil, des heures du jour et de la nuit. S’isoler de la frénésie ambiante que gronde la ville malgré le calme apparent de ses rues.

Ce que certains prennent alors pour une forme d’indécence et d’égoïsme de la part des urbains (peut-être parfois à raison) nous cherchons à le percevoir comme une opportunité. Une opportunité de repenser notre rapport à la campagne en sortie de crise, alors que la vie devrait reprendre « à la normale » pour la plupart d’entre nous. Une opportunité de réfléchir à notre manière de consommer la campagne et de la considérer comme un du alors même que ses habitants subissent chaque jour les effets dévastateurs de sa désertification. Une opportunité, plus généralement, de requestionner nos modes de vie urbains et notre rapport à l’essentiel dans une société qui devrait subir de grands bouleversements à terme.

Nous, au Collectif Trois Tiers, nous n’avons qu’une hâte : celle de continuer à mettre en place nos actions à la fin de cette crise. Valoriser les territoires ruraux, les montrer sous un jour neuf, briser des clichés, participer à leur vitalité. Mais aussi et surtout contribuer à créer des relations durables et véritables avec celles et ceux qui les font vivres au quotidien.

Alors en 2020, on vous invite à venir faire le pari des campagnes avec nous et à devenir acteur de ces territoires qui ne demandent qu’à être redécouverts !

Chloé Dupin

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